CORONAVIRUS : Il n’est plus l’heure de polémiquer

Le mardi 7 avril 2020,

Il n’est plus l’heure de polémiquer sur le recours ou non aux moyens des cliniques privées … Toutes les ressources doivent être utilisées !

Le Chef des Urgences d’un CHR des Hauts de France disait il y a une semaine: “De l’eau commence à couler sous la porte”.

J’attends chaque jour la vague, en espérant qu’elle n’arrive jamais. Ce serait mieux pour nos concitoyens.

Nous voilà à J+25 depuis le déclenchement du plan blanc et la déprogrammation des interventions chirurgicales non urgentes en date du 13 mars dans ma Clinique.

Lamine Gharbi, président de la FHP se réjouissait le 30 mars de voir les établissements privés “pleinement mobilisés”. Ma clinique n’est pas vide…la Maternité tourne à plein régime. Pour ce qui est de notre contribution à lutter contre cette épidémie, nous sommes plutôt grippés. Il s’agit sans doute du long “petit retard à l’allumage” décrit par Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France, “il est normal qu’entre le moment où l’on demande à une clinique de déprogrammer des opérations et le moment où les premiers patients arrivent, il se passe quelques jours”. Et…je me trouve qu’en 4èmeligne.

Cette épidémie est imprévisible. Les Autorités sanitaires ont préférées prévenir. Et c’est bien ainsi.

J’ai l’air con lorsque je vois tous ces personnels de santé en souffrance, qui se trouvent en 1ères lignes…

L’ascenseur émotionnel…

Pour Morgane*, Infirmière dans un établissement privé à but lucratif : “Il est difficile de se projeter. Cette situation est stressante. Chaque jour, on nous maintient sous pression, une véritable succession de hauts et de bas”:

J+3 (après l’arrêt des programmes) : “Des patients arriveront dès ce mardi, mercredi au plus tard.”

J+6 : “Vous serez sollicités d’ici ce week-end ou début de semaine prochaine pour l’ouverture de services de soins critiques.”

J+13 : ” La situation… évolue rapidement. Les équipes…joueront très rapidement un rôle essentiel dans le dispositif de lutte contre cette épidémie.”

J+14 : “Les premiers malades sont attendus ce week-end.”

J+16 : “La situation sanitaire… s’aggrave depuis quelques jours et nous attendons un afflux massif de patients dans les jours, voire les heures à venir dans nos établissement mobilisés. Les semaines les plus dures arrivent. Nous allons avoir un besoin crucial de chacun de vous, sans doute dans des fonctions inhabituelles.” 

J+17 : “Nos capacités ne vont pas être suffisantes pour faire face à l’épidémie qui arrive…” J+ 20 :”Nous attendons dans les jours à venir un pic d’activité…”

A J+25 : L’établissement de Morgane* est peu sollicité.

J’entends bien les soignants, ceux qui sont au front. Ils sont fatigués. Ils continuent à travailler en étant malade. Ils privent leurs familles de leur présence.

La caissière de Carrefour prend beaucoup plus de risque que moi…Elle mérite d’avantage les applaudissements de 20h00. J’ai l’air con.

“Les demandes de dispo (disponibilté) sont refusées par ma Direction car selon elle, nous pourrions être sollicités dans les jours a venir.”: s’étonne Florent*, infirmier dans un Hôpital privé sous-utilisé.

Public et privé, main dans la main…

Du côté de la Fédération de l’hospitalisation privée, on indique aujourd’hui que “les différents acteurs (public et privé) travaillent désormais main dans la main après avoir su mettre en place une action coordonnée et efficace sous l’égide des ARS”. Cela reste incontestable, en Île-de-France, mais qu’en est-il dans les autres régions ? Public, Privé, main dans la main ?

Chez Ramsay Santé (premier groupe d’hospitalisation privée d’Europe)¹, répondant à l’appel de leur Direction, 11 des mes collègues (Infirmiers et Aides Soignants) se sont portés volontaires le week-end dernier pour renforcer des équipes parisiennes du même secteur, celui du PRIVÉ.

Idem chez Vivalto Santé, 23 professionnels bretons sont partis le 28 mars soutenir leurs collègues des Hôpitaux Privé de région parisienne.

¹ : Au 31 mars, près de 40 cliniques Ramsay Santé (sur 133 mobilisées) accueillaient des patients Covid-19, directement ou en délestage des établissements publics.

“Nous devons compter régulièrement nos stocks d’EPI (masques, sur-blouses) et de médicaments. J’espère que c’est pour réaliser un partage de moyens entre les établissements tous secteurs confondus, publics et privés.”: témoigne Stéphanie*, Aide-Soignante dans une clinique ou les interventions sont déprogrammées.

En effet certains établissements publics doivent faire face à des ruptures d’approvisionnement de matériel indispensable à la protection des soignants (gants, sur-blouses et tabliers) comme, on l’a appris hier, pour les Hospices de Lyon ou une note suggérait, entre autres, le relavage des tabliers et sur-blouses pourtant initialement à usage unique.

Malgré l’utilisation de manière insuffisante de certaines des structures privées (main d’œuvre incluse), des malades sont conduits d’Hôpitaux publics en Hôpitaux publics à travers la France, l’état poursuit également les transferts à l’étranger. “Six patients français touchés par le Covid-19 seront traités dans les jours à venir dans un hôpital tchèque à Brno.” a déclaré dimanche le Premier ministre tchèque Andrej Babis à la télévision publique.

Et après…

Il s’écoulerait une semaine, en moyenne (et parfois plusieurs jours de plus), entre la contamination et l’arrivée des symptômes, puis une semaine encore avant l’éventuelle hospitalisation. Le confinement ayant eu lieu il y a plus de quinze jours maintenant, la situation à l’hôpital, tout en restant tendue, pourrait donc, en moyenne sur la France, commencer à s’éclaircir. Lundi 6 avril, 94 lits de réa de plus étaient occupés par des patients Covid-19 (pour un total de 7.072), 140 le dimanche 5 avril, 176 le samedi 4 avril, 263 le vendredi 3 avril, 382 le jeudi 2 avril, 452 le mercredi 1eravril, 458 le mardi 31 mars.

S’il en va ainsi, beaucoup d’établissements privés réquisitionnés ne participeront pas à cette guerre.

Mais encore une fois, cette épidémie est imprévisible. Les Autorités sanitaires ont préférées prévenir. Et c’est bien ainsi.

Les Directions se posent la même question : Les Autorités vont-elles les aider financièrement ? Ou, ce sont encore les soignants qui vont payer les pots cassés ?

A l’arrêt, beaucoup de mes collègues ont avancé leurs vacances ou ont posé leurs soldes. Leurs jours d’ancienneté leur ont été imposés. Certains sont en négatif. L’instauration de l’état d’urgence sanitaire permettra aux entreprises de déroger aux règles d’ordre public et aux stipulations conventionnelles relatives à la durée du travail, au repos hebdomadaires et au repos dominical. Cela jusqu’au 31 décembre 2020.

On appréhende tous la reprise. Devrons-nous rattraper, en un temps record, le retard accumulé ?

Les soignants devaient déjà faire face à l’intensification des taches provoqués par la diminution de la durée moyenne de séjour, aux surcharges de travail, aux logiques budgétaires qui ne tenaient plus compte du travail réél des équipes soignantes, des imprévus, des complications…

Retard de diagnostic, complications évitables et perte de chance des patients Non-Covid

Des médecins ont fait un constat assez alarmant ces derniers jours : les patients ne consultent pratiquement plus leurs médecins pour d’autres pathologies que la pandémie de Covid-19. Il existe un risque important de retard de diagnostic, de complications évitables et de perte de chance pour les patients.

“Mon père porte une sonde de néphrostomie. Il aurait du la changer il y a 20 jours mais son intervention a été déprogrammée. Comme consigne, son médecin lui a demandé de se rendre aux urgences s’il faisait de la température…en espérant que son rein ne soit pas touché de manière irréversible et que l’infection ne soit pas encore généralisée.” déplore Mathieu, infirmier dans une clinique à l’arrêt.

Cette pandémie va-elle nous fortifier?

Certain ne semble pas encore en tirer des conclusions.

Christophe Lannelongue, Directeur de l’ARS Grand Est, estimant qu’il n’y a « pas de raison » d’interrompre les suppressions de postes et de lits au CHRU de Nancy. Propos qui ont suscité un tollé ce week-end, en pleine épidémie.

Publics, Privés, nous menons le même combat. Main dans la main. Nous voulons plus de moyens et nous souhaitons que les personnels soignants soient davantage considérés…

MERCI à tous les soignants qui donnent sans compter.

Pas de relâchement, SVP : RESTEZ CHEZ VOUS.

Mathieu WATREMEZ, Délégué Syndical CFE-CGC

*Les prénoms ont été modifiés.

Les dernières actualités