Hôpitaux et cliniques privées en colère

Alors qu’une grande majorité des hôpitaux publics français se consacrent pleinement à la lutte contre l’épidémie de coronavirus, les hôpitaux et les cliniques privés se sont eux aussi mis en ordre de bataille. Selon la Fédération des cliniques et hôpitaux privés de France (FHP)​, 500 cliniques et 300 établissements de soins « de suite » sont déjà mobilisés pour le Covid-19.

Martin*, Infirmier dans une clinique réquisitionnée : « Dès le vendredi 13 mars, nous avons déclenché le plan blanc dans ma clinique à la demande de l’ARS. Toutes les interventions chirurgicales non-urgentes ont été déprogrammées.»

Dans les hôpitaux et les cliniques privées, près de 100.000 interventions chirurgicales non-urgentes ont été déprogrammées la semaine dernière, libérant 4.000 lits de réanimation pour des patients.

Le public possède 5000 lits de réanimation. Depuis le mardi 17 mars, le début du confinement, 200 lits supplémentaires sont occupés chaque jours dans les services de réanimation. Aujourd’hui seuls 2000 lits sont occupés. Le privé ne pourraient donc être jamais sollicité.

« Chaque jour, mon établissement privé perd 80 000€ de chiffre d’affaire. Mon intéressement vient de me passer sous le nez. Si cela dure certains établissements privés ne se relèveront jamais. »: Mathieu, élu CFE-CGC au CSE.

Les établissements privés sont sous-utilisés. Les lits qui ont été libérés dans les cliniques restent vides. Compte tenu de la gravité de la situation, c’est évidemment inconcevable.

« Pour dégager des capacités réanimatoires au sein des hôpitaux publics, afin de les dédier à la prise en charge de patients Covid-19 graves, mon Directeur a proposé aux Autorités Sanitaires d’accueillir dans ses lits de réa des patients non-Covid19. Il a même proposé de dédier certains services ou son établissement entier à la prise en charge d’urgences non-covid19 pour aider les hôpitaux publics. Pourtant cette main tendue n’est pas saisie. », déplore Lucas*, Responsable d’un service de Chirurgie dans une clinique privée.

Lamine Gharbi, président de la FHP, plaide pour « une coopération sans faille entre toutes les forces sanitaires : « Nous sommes prêts mais nous sommes trop peu sollicités » .

« Dans l’éventualité ou mon établissement serait -enfin- sollicité,  nos laboratoires ne sont pas autorisés à réaliser le dépistage de patients potentiellement Covid-19 » déplore Alain*, Directeur d’une clinique réquisitionnée. « Comment pourrons-nous protéger les patients non porteurs du coronavirus si nous ne pouvons pas les dépister ? »

L’Etat mobilise l’armée pour installer des tentes sur les parkings de certains établissements public pour accueillir des personnes contaminées, des transferts de patients intubés sont réalisés en avion d’hôpitaux publics en hôpitaux publics, l’Allemagne et la Suisse accueillent des français contaminés.

En totale opposition, beaucoup de soignants de cliniques réquisitionnées ne sont pas mobilisés alors qu’ils sont privés de travailler dans leurs cliniques vides.

« C’est dur d’entendre chaque jour que des hôpitaux publics vont arriver à saturation, que des soignants sont fatigués et…de ne pas être sollicité. » déplore Morgane*, Aide soignante dans le privé.

Dans le plus grand groupe de l’hospitalisation privé de France qui a vu plusieurs de ses cliniques réquisitionnées, on demande aux salariés, faute de travail, d’avancer leurs congés avant d’avoir recours aux chômage partiel, de les mettre en repos de compensation (repos fériés, repos de nuit, repos compensateurs…), de prendre leurs RTT, leurs congés d’ancienneté, pour les salariés ne disposant pas de compteurs suffisants de générer des compteurs négatifs…

D’autres salariés du privé se sentent inutiles et parfois la honte les habite. Leurs proches leur demandent régulièrement des nouvelles. Mais ils sont loin d’être « en première ligne »… alors qu’ils sont mobilisés et disponibles pour épauler l’hôpital public.

Dans les supermarchés, ils sont prioritaires. Depuis hier, le groupe Total leur offre des pleins d’essence, des boulangers locaux leur offrent le petit déjeuner, des hôtels leur ouvrent leurs portes, leurs voisins sont prêt à s’investir pour les aider, des écoles restent ouvertes pour accueillir leur enfants… Quel gâchis.

Alors que le confinement va sans doute montrer ses vertus d’ici ce week-end, des soignants du privé se déplacent inutilement pour gagner leur clinique vidée de patients. Certains ont peur pour leur santé déjà fragile. Comme ils sont soignants, ils ne peuvent pas bénéficier de l’arrêt maladie pour personne à risque élevé. L’avis du Haut Conseil de la Santé Publique prévoit explicitement que ce dispositif ne s’applique pas aux personnels soignants des établissements de santé…

Les salariés du secteur de l’hospitalisation privé, surchargés de travail en temps normal, dont les tâches s’intensifient, en manque de reconnaissance, avec un gel des salaires qui entraîne une baisse de leur pouvoir d’achat devra -encore- payer les pots cassés…

*Les prénoms ont été modifiés.

Mathieu WATREMEZ

Délégué Syndical Ramsay Général de Santé

 

Pour aller plus loin : les cliniques privées sont elles mobilisées pour accueillir les patients ?

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