Les tensions sociale et budgétaire ne faiblissent pas au centre médico-chirurgical de Kourou

Journée ville morte, préavis de grève illimité…

La Croix-Rouge assure tout mettre en œuvre pour « sauver » cet établissement mais cela suppose, selon elle, que la tutelle sanitaire soit moins timorée dans son soutien.

Avec désormais 20 millions d’euros (M€) de déficit structurel, le devenir du centre médico-chirurgical de Kourou, propriété de la Croix-Rouge française, suscite une vive inquiétude en Guyane. Le 23 septembre par communiqué, la municipalité a d’ailleurs initié « une journée morte » ce 26 septembre en solidarité et en soutien aux revendications portées par les personnels de l’établissement privé non lucratif. « Depuis trois ans, la situation de ce centre de premiers soins se dégrade et ceci a déjà eu pour conséquence directe la disparition du service cardiologie et le départ de nombreux médecins et soignants : départs et licenciements, s’indigne le maire de Kourou, François Ringuet. Aujourd’hui, la qualité des soins est détériorée et l’accès aux soins est révisé à la baisse dans plusieurs spécialités : maternité, chirurgie, cardiologie, diabétologie. »

Installer une nouvelle direction

Centre médico-chirurgical de KourouPorté par la CFE-CGC et l’Union des travailleurs guyanais (UTG), le Préavis de grève illimité amorcé quant à lui ce 27 septembre s’en prend en effet à un plan de retour à l’équilibre qui serait essentiellement centré sur la réduction de la masse salariale : « Cela se traduit par des licenciements abusifs, des ruptures conventionnelles à répétition et des départs incités ou forcés. Ceci sans vision à long terme », s’émeuvent les organisations syndicales. Et de craindre que l’établissement devienne d’ici la fin décembre un dispensaire sous contrôle du CH Andrée-Rosemon de Cayenne. Face à cela, les grévistes réclament des garanties quant au maintien du centre au sein de la Croix-Rouge mais aussi l’installation d’une nouvelle équipe de direction « capable de communication et de concertation » en lieu et place de celle conduite depuis mars dernier par Olivier Kleitz. Rétablissement du dialogue social, d' »un fonctionnement serein » et d’un système d’astreintes forfaitisées, octroi d’un statut de salarié « protégé » pour la présidence et la vice-présidence de la commission médicale d’établissement… Outre ces aspects, les syndicats défendent une feuille de route axée sur le projet médical 2015-2020. Cela suppose, selon eux, de « faire cesser le projet de restructuration de la chirurgie qui ampute toute la partie traumatologie et urgences », de « maintenir la garde de chirurgie orthopédique et la garde de chirurgie viscérale » et enfin de « rétablir la garde de cardiologie ».

Un déficit ramené de 8,8 à 7,1 M€

Centre médico-chirurgical de KourouDans un communiqué, la Croix-Rouge française assure de son côté « tout mettre en œuvre pour sauver » l’établissement et ses 380 salariés, rappelant combien il demeure « indispensable » pour la population guyanaise. « Un plan d’actions […] a été mis en place, reposant essentiellement sur le développement de nouvelles activités médicales et la consolidation de l’activité chirurgicale », rappelle ainsi la Croix-Rouge, un plan qui intègre une optimisation de l’organisation des activités administratives et de soins. De fait, « fin 2015, le déficit annuel s’élevait à 8,8 M€ grâce aux premières mesures mises en œuvre, il a pu être ramené à 7,1 M€ pour 2016 ». Pour autant, prévient-elle aussitôt, elle ne pourra « pas mener seule ce combat pour le retour à l’équilibre ». Et d’interpeller à demi-mot la tutelle sanitaire, sans les nommer l’ARS Guyane et le ministère des Affaires sociales et de la Santé (lire l’encadré), pour qu’elle l’accompagne enfin dans cette opération de redressement « impératif » au-delà des 1,5 M€ d’aide exceptionnelle accordés en 2015.

L’ARS Guyane exclut toute mise sous administration provisoire

Centre médico-chirurgical de KourouSi l’ARS Guyane instruit « attentivement » le projet de contrat de retour à l’équilibre porté par la direction du centre médico-chirurgical de Kourou, il n’est cependant « aucunement question d’une administration provisoire », a fait savoir ce 28 septembre à Hospimedia son directeur général, Jacques Cartiaux. En revanche, le rapprochement de l’hôpital avec celui de Cayenne est « indispensable », complète l’intéressé, parlant « d’échanges très constructifs entre les deux équipes dirigeantes, sous l’impulsion de l’ARS, visant à mieux repartir les activités de soins des deux structures, dans une logique de partage harmonieux des projets médicaux ». Par ailleurs, l’agence assure également vouloir stabiliser l’offre de soins actuelle à Kourou, « au regard à la fois des demandes spécifiques issues des activités du Centre spatial guyanais (risque traumatique, en particulier), mais aussi de ceux d’un bassin de vie dont l’évolution démographique est bien plus faible que dans les autres secteurs de la Guyane ».

Source : HOSPIMEDIA

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