Cause commune. Pour un travail vraiment social.

En marge des rapports élaborés dans le cadre des Etats Généraux du travail social.

Depuis la loi 2002-2, les questions de droits des usagers et de participation sont au centre des interrogations du  travail social. Les Etats généraux du travail social reviennent sur la prise en compte de la parole des personnes accompagnées. Le bilan de ces douze années laisse apparaître de nombreuses résistances. Celles des professionnels sont assez souvent évoquées. Ils auraient perdu leur position de sachant. Il en est d’autres qui, pour ne pas être énoncées, sont sans doute plus importantes. Les institutions étaient-elles prêtes à ce changement de perspective ? Les travailleurs sociaux ont toujours été inquiets que leurs interventions ne concourent à servir de contrôle social. Ils ne pouvaient que se réjouir du nouveau rapport qui s’instituait avec les usagers. Mais dans le même temps, ils se savaient pris dans un rapport avec leurs institutions qui ne laissait que peu de place à leur propre expression. Prendre en compte la parole des usagers quand les organisations sont encore largement structurées sur un mode vertical laisse peu de marge à la diffusion des changements induits par la loi. Si les pratiques veulent pouvoir évoluer ce ne sera pas sans une évolution des institutions et des gouvernances. Ce n’est pas l’affichage du passage de la prise en charge à l’accompagnement qui change la donne. Il reste à s’interroger sur la manière dont la personne est accompagnée. Les personnes sont-elles soutenues dans leur émancipation ? La modification de leur situation est-il l’axe central  de l’intervention ?

La prise en compte de la parole des usagers, pour être autre chose qu’une incantation stérile, doit amener des changements dans la conception et la construction des savoirs. Dans plusieurs rapports il est fait état de la nécessité de co-formations et de formations interinstitutionnelles. Ces dernières font référence aux notions de territoire et de complémentarité. Les premières introduisent une nouvelle approche de la formation sur au moins deux plans. Dire que les usagers sont experts par rapport à leur situation ou qu’ils possèdent des ressources conduit à intégrer leurs capacités dans le processus de formation des professionnels. Mais c’est aussi d’une manière plus générale admettre qu’à côté des savoirs académiques une interaction doit être agie avec des savoirs expérientiels. Pour que le projet de la personne s’élabore dans une dynamique de co-construction ne faut-il admettre que les travailleurs sociaux ne soient pas seulement des intégrateurs dans des dispositifs  relevant plus ou moins enfermant mais qu’ils sont surtout coproducteurs avec les usagers de savoirs de socialisation ? Le décloisonnement des pratiques ne commence-t-il pas dans le décloisonnement des formations ?

D’une approche centrée sur la personne il est paradoxal que la prééminence de la question de ses  droits et de l’accès aux droits débouche sur une approche environnementale. L’intervention sociale se définit dans un territoire, au sein duquel l’usager doit pouvoir envisager un parcours. Après avoir positionné l’usager était au centre du dispositif il devient le point de départ d’une action dqe soutien. Le service attendu vise à  ce que la personne puisse modifier son rapport avec son environnement. Lees travailleurs sociaux doivent pouvoir s’appuyer sur un socle commun de connaissances et de compétences pour prendre en compte la situation de la personne et dans le même temps doubler cette transversalité d’une spécialisation conçue en complémentarité avec d’autres intervenants. De l’opposition individu-société ne faut-il pas trouver les moyens actifs de faire réseau ?

Prendre en compte la parole et les capacités de la personne débouche sur une autre manière de concevoir les rapports sociaux. Il ne s’agit plus seulement d’être intégré, d’être inséré, de s’adapter mais de pouvoir faire valoir son droit à une pleine participation aux différent aspects de la vie en société. Si  d’un côté les professionnels ont à  autoriser une mise en situation de capabilités pour les personnes accueillies, ils doivent pouvoir jouir d’une même disposition de la part des institutions qui les emploient. Le travail social est un travail de création, de recréations permanentes qui ne peut fonctionner qu’à partir d’une reconnaissance préalable de la capacité d’agir. Faire du travail en société consiste-t-il à inscrire les usagers dans des dispositifs ou à être contingentés à appliquer des procédures ? Le travail se voulant social ne suppose-t-il pas une inscription dans le cadre d’une gouvernance démocratique ?   Ce qui s’élabore avec les personnes accueillies doit pouvoir contribuer à l’élaboration des politiques publiques et des orientations des différentes instances de gouvernance.

Plus que de réorganisation et de ré architecture c’est d’abord de la finalité du travail social dont il est question. Doit-il être condamné à  être le réparateur d’individus toujours plus nombreux à être rejetés d’une société reposant sur les principes de concurrence et de performance ? Principes qui finissent par affecter les institutions au sein desquelles exercent les travailleurs sociaux. Ces derniers se retrouvent dans une position similaire aux syndicats. Ils constatent la culture de l’exclusion devenir progressivement la norme à accepter. Réduits à  réparer des individus ils  en oublient ce qui produit la situation, ils prennent les effets pour la cause. Pourtant insensiblement une prise de conscience s’opère quand on passe du cas complexe à la situation complexe. L’approche globale, l’intervention collective, le travail en réseau contribuent à ne pas voir une personne isolée mais inscrite dans un environnement. La modification de sa situation peut-elle être le résultat d’une décision unilatérale ?

La question du sens doit être reformulée. Ce ne sont pas les valeurs qui donnent du sens à l’action mais de manière beaucoup plus concrète ce sont les actions qui donnent du sens aux personnes. Là encore usagers (terme aujourd’hui contesté) et professionnels peuvent faire alliance. Pour ces derniers c’est le travail rendu possible et réalisé qui fait sens. Ne pas adopter cette direction ne revient-il pas à laisser les uns et les autres en souffrance ?

Des rapports élaborés dans le cadre des Etats Généraux il y  a ceux qui disent qu’ils n’apportent rien de neuf et d’autres pour qui il  est hors de question de changer le travail social tel qu’il est enseigné et pratiqué aujourd’hui… Quelques fois ce sont les mêmes qui soutiennent l’opposition. Ne faudrait-il pas prendre acte que dans l’intérêt des usagers et des professionnels le travail social doit se transformer et contribuer à la transformation des rapports en société ?

 

Jean-Baptiste Plarier
Vice-Président CFE-CGC Santé Social
en charge du Secteur social et médico-social.

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